Audit du fichier électoral en RDC par l’OIF : est-ce un refus stratégique ? 

Ce 3 mai, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), dont la très contestée rwandaise Louise Mushikiwabo assure le secrétariat général, s’est adressée à la CENI congolaise. Dans la correspondance, il s’est agi d’une nouvelle qui, assurément, arrange les deux parties. Cette organisation dont fait partie la RDC ne fera pas l’audit du fichier électoral congolais pour les élections, en principe, de décembre 2023. 

Diplomatiquement et pour des pays comme la RDC où les élections sont sujets des tensions politiques et sociales, une expertise externe est toujours de mise. Notamment par les instances internationales auxquelles le pays fait partie. Pour le cas du Congo Kinshasa, l’OIF a été la structure experte pour assurer la procédure de contrôle de la comptabilité et de la gestion du fichier électoral de 2018.

L’Organisation internationale de la francophonie est une organisation, personne morale de droit international public, créée en 1970, regroupant 88 États ou gouvernements. Elle a pour mission de promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique, de promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’homme, d'appuyer l'éducation et la recherche et de développer la coopération.

Chaque jour n’est pas dimanche 

A la demande de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la République Démocratique du Congo (RDC), une mission d’audit du fichier électoral a été dépêchée par l’Organisation internationale de la Francophonie à Kinshasa, du 6 au 25 mai 2018. Cette mission s’est inscrite, comme le veut la pratique de l’OIF, dans une démarche inclusive, transparente et exigeante.

Ainsi, un Comité d’audit a été mis en place et regroupait les experts de l’OIF, les représentants de la CENI ainsi que 23 experts désignés par la majorité (5), l’opposition (5), la société civile (7), les organisations de défense et de promotion des droits des femmes (2) et la communauté internationale (Union africaine, SADC, MONUSCO et Union européenne).

Sous le secrétariat de la canadienne Michaëlle Jean, première femme d’ailleurs à exercer cette fonction, la CENI s’est faite bonne amie de l’OIF. Cette dernière a fait un rapport, qui rendait compte de l’analyse qualitative et quantitative des données du fichier électoral, avait identifié les forces et faiblesses et avait formulé des recommandations à court et moyen terme.

Cette fois n’est pas la fois dernière. La RDC en froid avec le Rwanda, d’où vient la secrétaire générale de l’OIF, la pression se mettait déjà sur le dos de la CENI, venant notamment de la société civile. N’ayant pas pris position publiquement à céder à cette “pression”, la CENI a, sans nul doute, poussé l’OIF à concéder ce refus. En effet la centrale électorale, actuellement en phase de nettoyage du fichier électoral et la consolidation des données, est d’accord pour l’audit externe mais avec des conditions assez répulsives. 

Un refus systématique 

« Je porte à votre connaissance que l'OIF ne sera malheureusement pas en mesure de répondre favorablement à votre demande visant à accompagner la CENI dans l'audit du fichier électoral », a écrit Hervé Barraqua, Dircab de Louise Mushikiwabo dans la correspondance adressée au président de la CENI, Denis Kadima.

Le côté systématique de ce refus se fait voir notamment par rapport au temps que la CENI donne à l’OIF pour cet exercice complexe. Seulement 5 jours. Alors que ce délai était quatre fois plus en 2018. La grosse raison qui se dégage est que les relations entre la RDC et le Rwanda ne vont plus bon train depuis un bon moment alors qu’une rwandaise est secrétaire générale de l’OIF. Ce qui parait comme laisser le fichier électoral congolais entre les mains des rwandais. Pays, pourtant pas exemplaire en matière de démocratie.

L’OIF a tout de même remercier la CENI pour l'intérêt manifesté à collaborer avec elle. Côté de la centrale électorale, le calendrier prévoit toujours un audit externe du fichier du 15 au 20 mai. Pour Donatien N'Shole l'un des porte-parole de la mission d'observation CENCO-ECC, si ce n'est pas l'OIF pour des raisons politiques, on peut trouver une alternative qui rassure sur le plan de l'objectivité et de l'efficacité.

Quant aux relations entre la RDC et cette organisation de la francophonie, le pays est toujours membre de l'OIF et s'apprête à organiser d'ici Juillet les IXe Jeux de la Francophonie. Ce qui a poussé à Denis Kadima de mener les choses au bout sans rupture.

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