Récit de la marche de l’opposition : la démocratie éternellement chantier !

Autorisée par les officiels sur un autre parcours que celui souhaité par les organisateurs, la marche de l'opposition a rapidement été dispersée par la police, samedi, à Kinshasa. Gaz lacrymogènes, coups de feu, blessures graves, arrestations en cascade, agressions des journalistes. La scène demeure la même. Avant le règne du président Félix Tshisekedi est égal pendant son règne.

Selon le bilan dressé par les 4 leaders de l’opposition en conférence de presse, cela fait état de 2 manifestants blessés se trouvant dans un état critique, 2 députés de l’opposition malmenés, dont Mike Mukebay et 14 interpellations.

 « Si ça venait de quelqu'un d'autre, je serais d'accord pas Félix Tshisekedi », s’exclamait Moïse Katumbi dans la journée.

« Même à l’époque du président Kabila on a jamais vécu ça », a lancé Matata Ponyo, justifiant le degré élevé de la répression.

Une grande quantité de personnes a pourtant répondu à l'appel de cette manifestation regroupant les principaux partis de l'opposition. Prévue de longue date, cette manifestation avait été autorisée, jeudi soir, par l'hôtel de ville mais sur un autre itinéraire que celui souhaité par les opposants.

La chute devant le palais du peuple, le siège du parlement, leur avait été refusée pour des raisons de sécurité et un parcours de substitution leur a été proposé. Un itinéraire qui serait compris entre le rond-point Sakombi, l’avenue Kasa-Vubu, la Place Victoire pour chuter à la place YMCA.

À partir d'environ 7h, les manifestants ont commencé à se rassembler calmement. Parmi eux, des militants de Ensemble pour le changement, de Ecidé, de Envol, ou encore Leadership et Gouvernance pour le Géveloppement (Parti cher, à Augustin Matata Ponyo).

Gaz lacrymogènes contre les manifestants

Dans la foulée, il était visible des pancartes et slogans hostiles au pouvoir en place, comme "Tshisekedi dégage, ton mandat est fini". Les principaux leaders opposants, comme Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Matata Ponyo et Delly Sesanga, ont rejoint quelques heures après, leurs militants. Une fois sur place, les leaders accompagnés des militants, ont tenté de forcer la barrière policière afin de faire le départ. 

Les forces de l'ordre ont immédiatement répliqué à coups de gaz lacrymogènes, balles réelles pour disperser la foule, au sein de laquelle certains ont répondu en jetant des pierres ou des pavés.

S'en suivirent plusieurs minutes d'affrontements entre policiers et manifestants. Acteurs politiques et certains individus ont été sauvagement réprimés et arrêtés. Des blessés graves, parmi lesquels, des journalistes sont aussi à dénombrer. De pire, c'est cette image qui laisse les observateurs sans mot. Un jeune garçon d'environ 11 ans, a été copieusement battu par la police.

Toutefois les agents de la police, vont tout de même, réussir à stopper des drames de plus. Les leaders opposants ont été, peu après, escortés à bord des jeeps sous nombreux jets de pierres et gaz lacrymogènes.

“Dans quel pays sommes nous ?”

« C’est inadmissible ! Dans quel pays sommes-nous ? Il n’y a aucune démocratie sous  Félix Tshisekedi », s’exclamait Dany Ngoyi, jeune militant de l'Envol. 

Parmi les manifestants, beaucoup avaient du mal à dissimuler leur rancœur contre le pouvoir, accusé d'avoir placé les policiers partout dans la ville pour empêcher la marche plutôt que l'encandrer.

À l'annonce de cette marche, jeudi dernier, l'UDPS se réclamant à la mouvance présidentielle avait fait savoir qu'elle tendrait une autre marche, considérée comme contre-marche, pour exprimer son soutien au chef de l'État.

Cette autre manifestation a aussi été autorisée par le gouverneur de Kinshasa. Sur l’avenue de l’Université, une colonne des partisans au pouvoir a été aperçue. Les manifestants étaient munis notamment de bâtons et d’autres armes blanches.

Signalons qu'après cette étape les 4 leaders de l’opposition dont Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Matata Ponyo et Delly Sessanga annoncent un sit-in devant le siège la Commission électorale nationale indépendante, le jeudi 25 mai prochain, pour dénoncer la mauvaise gouvernance qui nous mène vers un chaos électoral.

CM

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